
Trois fois, la même matinée, je suis retournée vers le même bac de graines sans qu'aucun enfant ne m'appelle, juste pour regarder ce qui s'y passait vraiment. Personne d'autre n'aurait remarqué ce détail. C'est pourtant ça, l'analyse des pratiques professionnelles pour une assistante maternelle agréée qui travaille seule, dans la petite enfance, sans être rattachée à une crèche : revenir sur ce qu'on vient de vivre avec les tout-petits, sans collègue de pause-café, pour décider ce qui compte vraiment dans le développement d'un enfant.
Précision avant de continuer : ce carnet contient des liens vers des formations que j'ai suivies moi-même, avec une commission d'environ 30 % si vous les rejoignez ensuite depuis ces liens — sans que ça ne change quoi que ce soit à votre prix. Je n'en parle que quand ça a vraiment servi dans mes journées avec les enfants.
Pourquoi analyser sa propre pratique quand on travaille seule à la maison ?
Personne ne vient valider ce qu'on fait, une fois la porte refermée sur les parents. Yvon, le papa d'une petite fille de vingt mois qu'il me confie quatre jours par semaine, me pose presque toujours la même question : combien de temps, exactement, une activité devrait-elle occuper un enfant de cet âge ? Longtemps je n'ai su répondre que par un vague « ça dépend ». Puis j'ai commencé à noter, vraiment noter, ce qui retenait une attention soutenue et ce qui s'effondrait en deux minutes. Les graines du bac, d'ailleurs, ne sortent jamais d'un sachet acheté exprès — de la semoule, des lentilles, ce qui traînait dans le placard un mardi matin. Les vrais livres cartonnés installés dans le coin lecture, eux, n'ont pas tenu : les pages étaient toutes sorties avant que j'aie fini de préparer le goûter. Ce genre d'échec, je le note aussi soigneusement que les réussites.

Une formation pensée pour les crèches m'a servi même seule à la maison.
Le Relais Petite Enfance près de chez moi encourage de plus en plus cette démarche, même pour celles qui travaillent seules à domicile. J'ai fini par regarder de près la Formation APP en crèche. Elle est pensée pour des équipes, pas pour une assistante maternelle isolée dans son salon, ce qui se sent dans le vocabulaire, un peu rigide au début. Mais elle m'a donné une méthode simple pour sortir de l'impression du soir et regarder les faits : ce qui s'est passé juste avant un moment difficile, pas seulement son résultat.
Comment savoir si le développement d'un enfant demande autre chose que le programme prévu ?
Les repas sont souvent le premier endroit où ça déraille. Passer directement de l'assiette au tapis de jeu met certains enfants en larmes à tous les coups, et j'ai dû apprendre à ralentir cette transition entre le repas et le jeu plutôt qu'à l'accélérer comme je le faisais avant. Un petit garçon que je garde allait plus loin : il refusait tout contact avec les textures molles, sans qu'aucune activité ne fonctionne. J'avais essayé de stimuler son langage par le jeu de rôle, en vain — ce n'était pas un blocage de vocabulaire, mais une vraie surcharge sensorielle, et il m'a fallu du temps pour distinguer les deux. C'est en creusant ce genre de situation que je suis tombée sur la Formation Retard Psychomoteur 0-3 ans. Elle ne remplace ni le pédiatre ni la PMI, mais elle donne des repères concrets pour repérer les signes qui méritent d'en parler, plutôt que d'attendre que ça passe tout seul.

Le salon, la lumière du soir, et ce qui calme vraiment.
À Caen, l'hiver nous garde souvent à l'intérieur plus qu'on ne le voudrait. Les enfants n'ont jamais connu ce salon sans cette grande zone au sol où ils peuvent s'allonger à plusieurs sans se marcher dessus — je n'avais pourtant jamais pensé cet espace pour la psychomotricité libre, plutôt comme un endroit où ranger les jouets. En regardant la Formation Approche Multisensorielle SNOEZELEN, pensée elle aussi pour des structures collectives, j'ai gardé une seule idée simple : vers cinq heures, une lumière presque orange traverse les vitres côté jardin, et c'est devenu le signal pour laisser les enfants bouger librement, sans consigne ni objectif. Le reste de la pièce n'a pas changé : ils attrapent eux-mêmes ce qu'ils veulent dans les bacs du bas, et les ciseaux restent toujours sur l'étagère qu'aucun enfant n'atteint.

Et si on n'a personne à qui en parler ?
Ma voisine Jocelyne Renard, assistante maternelle agréée dans le même quartier, m'appelle presque chaque semaine — et parle toujours en premier de la sieste du mardi qui a mal tourné, avant même de dire bonjour. On compare nos journées au téléphone, entre deux biberons, plutôt qu'en réunion organisée. Le rythme de la semaine se construit autour de repères fixes : la sortie du jeudi à la Bibliothèque Alexis-de-Tocqueville, les repas, la sieste — et ce petit rituel du soir où on refait le film de la journée avec quelqu'un qui comprend de quoi on parle sans qu'on ait besoin d'expliquer le contexte.

Ce que je regarde avant de me faire confiance.
Quand la maison retombe enfin dans le silence de la sieste, c'est souvent une odeur de courgette refroidie qui traîne sur un bavoir oublié qui me ramène à moi — ce petit signal un peu écœurant, pas franchement agréable, mais familier, qui me pousse à m'asseoir deux minutes et à écrire trois lignes sur ce qui vient de se passer. Pas une grille d'évaluation, juste une question simple : est-ce que ce que je viens de décider repose sur ce que j'ai observé, ou sur ce que je ressentais sur le moment ? Quand la réponse me gêne, je rouvre mes notes sur la Formation APP, ou celles sur le retard psychomoteur selon la situation — pas pour suivre une méthode à la lettre, mais pour vérifier que je n'ai rien oublié d'évident. Ce que je garde de tout ça, au fond, tient en une phrase : une décision qui commence par « j'ai observé que » résiste toujours mieux à une mauvaise journée qu'une décision qui commence par « je sentais que ».