Le Coin des Petits

Mieux accompagner la permanence de l'objet chez le bébé par le jeu

Un jouet disparaît sous un meuble, et l'enfant s'effondre en larmes : simple étape de la permanence de l'objet, ou signe qu'il faut surveiller un retard psychomoteur ? Question qu'on me pose souvent, en tant que nounou à domicile, et à laquelle je ne réponds jamais du premier coup. Ce que je peux dire, en revanche, c'est ce qui se passe vraiment dans mon salon quand les jeux d'éveil du quotidien viennent tester une étape clé du développement cognitif : la confiance en l'invisible.

Qu'est-ce que la permanence de l'objet, dans le quotidien ?

Les théoriciens du développement appellent ça la permanence de l'objet : cette étape où l'enfant comprend que ce qu'il ne voit plus continue d'exister quelque part — sous le canapé, dans une poche, derrière un dos. Chez certains, ça arrive tôt. Chez d'autres, plus tard. Aucune date sur un calendrier ne le décide.

Le nom de Jean Piaget revient souvent dans les discussions sur le sujet, avec ses stades du développement sensorimoteur. Dans mon salon, ces stades s'effacent devant la réalité : chaque enfant avance à sa manière, sans forcément regarder le calendrier.

Un jouet qui roule sous le buffet n'est pas un drame anodin

Une voiture en bois, une de celles qui pèsent lourd et cognent sur le parquet, a un jour glissé sous mon buffet. Silence d'une seconde. Puis l'effondrement — pas un petit pleur, un vrai chagrin, comme si le monde venait de se briser. Pour l'enfant qui jouait avec, la voiture n'était plus quelque part. Elle avait cessé d'exister.

Je me suis allongée sur le sol, menton contre le bois froid, pour la faire ressortir avec une règle. Le soulagement a été immédiat — mais la confiance en l'invisible, elle, se travaille tout doucement, entre deux siestes et un goûter.

Le coucou-caché fonctionne vraiment

Oui, à condition de ne pas le transformer en piège. Ma collection de foulards — des chutes de soie, du coton léger — sert justement à ça. Je ne cache jamais un objet entièrement au début : je laisse dépasser un coin de tissu, une roue, une oreille de peluche. Une invitation, pas une épreuve.

Le glissement d'un foulard jaune entre mes doigts, puis le rire qui éclate quand une petite main tire dessus pour découvrir le doudou caché dessous : ça, c'est le vrai progrès, bien plus qu'une ligne dans un carnet. On associe ça à des jeux de cause à effet pour stimuler l'intelligence des bébés à domicile, parce que comprendre qu'on peut agir sur les choses aide à comprendre qu'elles sont réelles — et ça sollicite en même temps cette précision des doigts qui soulèvent le tissu plutôt que de l'arracher, la fameuse motricité fine.

L'erreur, à mes débuts, c'était de vouloir cacher l'objet trop vite, pour la forcer à chercher. Ça générait une angoisse contre-productive : l'enfant se fige, n'ose pas chercher, attend juste que le chagrin passe. Aujourd'hui je préfère la transparence — un voile léger qui laisse deviner la forme dessous, pour qu'elle revienne au calme d'elle-même plutôt que par surprise.

La boîte à billes, un classique qui mérite sa place

Une boîte à chaussures, un trou sur le dessus, une petite rampe pour que la balle ressorte : la boîte de permanence de l'objet n'a rien d'original, mais elle tient ses promesses. On y passe ce qui semble, à hauteur de tout-petit, des heures entières — une vraie attention soutenue pour un si petit corps. Je la sors toujours au même moment de la matinée, un repère qui aide autant que l'objet lui-même à apaiser ; ce n'est pas qu'une question de jouet, c'est aussi une manière d'aménager un temps calme dans la journée, sans qu'il soit besoin d'un espace dédié.

C'est en observant ces moments de recherche que j'ai appris à mieux repérer un retard de développement moteur chez le jeune enfant par le jeu, sans jamais transformer mon salon en cabinet médical. Si un enfant ne peut pas se pencher pour ramasser sa balle, est-ce un problème de compréhension ou de tonus ? Je note, je garde ça pour le point avec les parents, sans jamais m'alarmer pour rien — il y a des signes d'alerte du développement qui méritent d'en parler, et d'autres qui ne sont qu'une histoire de rythme personnel.

Il y a aussi eu ces jours où elle préférait basculer sur le côté pour attraper un jouet plutôt que de rester droite — ce qui m'a poussée, à un moment donné, à repérer un retard de la station assise chez le bébé de plusieurs mois. Le corps et l'esprit avancent ensemble, souvent en titubant, et je préfère toujours laisser le mouvement libre plutôt que de forcer une posture — une forme de motricité libre qui vaut aussi pour la tête que pour les jambes.

Quand l'enfant ne cherche pas l'objet caché

Pas dans l'immédiat. Chaque enfant a sa propre progression par âge, et un tout-petit qui regarde sans bouger n'est pas forcément en retard — parfois il observe, tout simplement, avant de se lancer. Ce qui m'inquiéterait davantage, c'est une absence totale de réaction, de façon répétée, sans la moindre curiosité pour ce qui vient de disparaître.

Une amie à moi, qui tricote pendant les siestes du mercredi, me demandait justement si le mutisme d'un enfant devant un jouet caché annonçait un souci de langage. Pas forcément : chercher un objet et nommer un objet sont deux étapes distinctes, même si elles se nourrissent l'une l'autre. Stimuler le langage passe souvent par ces mêmes jeux — nommer ce qui disparaît, nommer ce qui revient — sans que ce soit un exercice à proprement parler.

Ce qui ne marche pas chez moi

Les activités peinture, le matin, juste avant l'arrivée des parents : j'ai fini par abandonner complètement. Trop de chaos, trop de mains pleines de gouache au moment où il faut justement rester calme et présentable. Ce n'est pas qu'une histoire de linge propre — c'est aussi une histoire de rythme journalier : le matin sert à arriver en douceur, pas à finir en effervescence.

La transition entre le repas et le jeu est un autre terrain glissant. L'odeur un peu sure de la courgette qui refroidit sur son bavoir en coton, ce moment où elle regarde encore son assiette pendant que je range déjà les jouets : ce basculement-là ne se force pas, il se négocie, une cuillère après l'autre.

Trois passages au bac, la même matinée

Ce matin-là, un petit gars est revenu trois fois vers le bac sensoriel — la même matinée, sans que je l'y pousse. Il repartait jouer ailleurs, puis il revenait, sûr de retrouver ce qu'il avait laissé : les mêmes cuillères en bois, la même bassine, la matière du quotidien toujours à la même place. Rien de spectaculaire à observer de l'extérieur. Mais cette autonomie tranquille, cet aller-retour répété sans inquiétude, en disait plus long qu'un long discours sur la permanence de l'objet.

À la bibliothèque Alexis-de-Tocqueville, où on va certains après-midis, j'observe la même chose avec les livres à couverture rigide : un enfant repose un livre sur une étagère du bas, s'éloigne, puis revient le chercher précisément là où il l'a laissé. La permanence de l'objet ne s'arrête pas à la porte de la maison.

Savoir si elle a vraiment compris

Léa, la maman d'un petit garçon de quatorze mois, me pose souvent des questions sur le développement du langage à nos points avec les parents. Je lui réponds la même chose à chaque fois : le vrai signe, ce n'est pas un mot nouveau, c'est un geste assuré — la main qui se dirige tout droit sous un coussin, sans hésitation, sans détresse.

S'il fallait ne retenir qu'une chose : n'observez pas si l'enfant retrouve l'objet, observez comment il s'y dirige. Une main qui hésite, qui tâtonne partout, raconte une chose. Une main qui va droit au but, même sous un tissu, raconte que la permanence de l'objet — cette petite brique du développement cognitif — est en train de se poser, solide, quelque part derrière le front d'un tout-petit qui ne le sait pas encore lui-même.

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