Le Coin des Petits

Pourquoi l'approche snoezelen petite enfance change mes journées de nounou

Pourquoi l'approche snoezelen petite enfance change mes journées de nounou à Caen

Deux cents mètres. C'est à peu près la distance entre mon salon et la plage de Luc-sur-Mer, et pourtant certains après-midis, ce sont deux mondes sensoriels complètement différents. Sur le sable, le vent claque, les mouettes crient, les enfants courent dans tous les sens et reviennent électriques. Chez moi, à deux pas de là, je fais l'inverse : je baisse le volume du monde pour que les tout-petits que je garde retrouvent leur calme. C'est ce que l'approche snoezelen a changé dans mes journées de nounou à Caen — un ensemble d'activités sensorielles douces qui, semaine après semaine, a fini par transformer le bien-être des enfants que j'accueille, et le mien avec.

Petite précision avant de continuer : certains liens de ce carnet sont affiliés. Si vous cliquez et vous inscrivez à une formation, je touche une commission, sans que cela ne change rien au prix que vous payez. J'ai testé ces parcours moi-même, mes propres semaines de garde comme terrain d'essai.

Les boîtes de tri en couleurs finissent au placard

Avant de connaître le mot snoezelen, j'avais déjà essayé de calmer les fins de journée à ma façon. Des boîtes de tri par couleur, achetées sur internet, censées occuper les enfants pendant qu'ils rangeaient des petits objets par teinte. En vrai, elles se renversaient dès qu'un enfant s'appuyait dessus, et je passais plus de temps à les redresser qu'à observer qui que ce soit. Le carton fin, la base trop étroite : jolies sur la photo du site, inutilisables sur mon parquet.

Ce jour-là, avec la pluie qui tapait contre les vitres et un tracteur en plastique qui percutait le sol, j'ai compris que le problème n'était pas les enfants. C'était mon salon, saturé de couleurs primaires et de bruits stridents, qui les rendait plus fébriles, pas plus calmes.

Mains d'enfant explorant des activités sensorielles sur un plateau en bois aux textures variées

Ralentir les journées avec une approche venue des Pays-Bas

Le terme snoezelen vient de la contraction de deux mots néerlandais, snuffelen (renifler) et doezelen (somnoler), inventé dans les années 1970 par Ad Verheul et Jan Hulsegge. L'idée de base est simple : proposer une stimulation sensorielle douce, sans consigne à suivre ni objectif de performance, et laisser l'enfant explorer à son rythme ce qu'on met à sa portée. Pas de "fais ceci", pas de "range cela" — juste une proposition, et le temps de la regarder faire.

Ce que j'ai fini par comprendre, c'est que ça n'a rien d'un matériel de pointe réservé aux grandes structures. Une formation Approche Multisensorielle SNOEZELEN m'a donné quelques repères pour commencer, même si elle est d'abord pensée pour des structures collectives et qu'il faut ensuite l'adapter à un salon ordinaire. Ce qui m'a le plus servi, ce sont les idées à base de matières du quotidien : un carré de fourrure synthétique, une éponge, une brosse à cheveux aux poils souples, un tissu passé à la lavande. Rien de coûteux, juste des matières différentes proposées une à la fois.

Coin calme snoezelen improvisé avec un voilage blanc et une guirlande lumineuse

Ce que le snoezelen a changé dans le rythme de mes journées

Le vrai changement ne s'est pas joué sur une activité isolée, mais sur le rythme de la journée entière. Avant, j'enchaînais les propositions un peu comme une animatrice de centre de loisirs : dessin, puis motricité, puis goûter, sans vraiment de respiration entre les deux. Depuis, je garde un temps sensoriel plus calme après le repas, avant que les corps ne repartent vers le jeu libre, un peu comme un sas plutôt qu'une activité de plus. Le matin reste dense et mobile ; l'après-midi ralentit, surtout dans l'heure qui précède le départ des parents, quand la fatigue s'accumule et que les petits corps en ont le plus besoin.

Pendant qu'un des enfants explore un bac sensoriel plein de matières différentes, je garde un œil sur le bébé pour qu'aucun petit objet ne finisse en bouche. On travaille le toucher, un peu l'odorat, parfois l'ouïe avec une boîte à musique. Le passage du repas au jeu se fait sans heurt quand ce temps calme sert de sas entre les deux, et les enfants qui évoluent en motricité libre dans le salon, sans qu'on les pousse d'une activité à l'autre, semblent retrouver ce calme plus vite que ceux qu'on presse.

Perles d'eau colorées, une activité sensorielle calme avant la sieste

La poignée de riz qui a tout confirmé

Vers la quatrième semaine, un petit garçon de dix-huit mois a refermé son poing sur une poignée de riz sec posée devant lui et n'a plus voulu le rouvrir, souriant, comme si desserrer les doigts allait faire disparaître la sensation. Il est resté là un bon moment, immobile, les épaules basses, lui qui d'habitude ne tenait pas en place plus de quelques instants. Cette attention soutenue, chez un enfant si peu porté à l'immobilité, m'a plus convaincue que n'importe quelle lecture sur le sujet.

Bénédicte, ma voisine, est passée ce jour-là avec, comme toujours, bien trop de goûters pour les enfants du carré de sable devant chez nous. Elle m'a demandé pourquoi le petit était si tranquille, un sachet de riz à la main. Je lui ai expliqué en deux mots l'idée du snoezelen, et elle a haussé les sourcils, pas convaincue qu'un peu de riz sec puisse faire autant d'effet qu'une sieste.

Quand les parents pensent que je travaille moins

Cette question m'a taraudée au début. Passer une heure à regarder des fibres optiques ou toucher des sacs de graines, est-ce que ça ressemble à du travail, aux yeux d'un parent qui vient chercher son enfant le soir ? On valorise tellement les "productions" — le dessin, le bricolage — qu'on oublie qu'un enfant de deux ans travaille tout autant en observant une goutte d'eau glisser sur un tissu.

Les retours des parents m'ont rassurée plus vite que je ne l'aurais cru. Ils remarquent des enfants plus sereins aux retrouvailles du soir, moins survoltés, moins en larmes pour un rien. Nommer à voix haute ce qu'on touche ou ce qu'on regarde — "c'est doux", "c'est froid", "ça brille" — donne aussi des mots aux plus bavards du groupe, une forme de stimulation du langage qui n'a jamais été l'objectif premier.

Paniers de découverte snoezelen bébé aux textures variées, objets du quotidien

Observer ne veut pas dire diagnostiquer, et je le rappelle souvent aux parents qui s'inquiètent d'un mot qui tarde ou d'un geste qui ne vient pas. La formation Retard Psychomoteur 0-3 ans m'a surtout appris à observer sans paniquer, et à savoir quand passer la main à un professionnel de santé plutôt que de me fier à mon seul ressenti de nounou. Ce n'est pas un outil de dépistage à utiliser seule dans son salon, mais un repère utile pour les journées où un signe d'alerte du développement m'interroge sans que je sache le nommer.

Mes épaules qui s'abaissent enfin

Ce soir, la pluie est revenue sur Caen et je ne stresse plus pour autant. J'éteins le plafonnier, j'allume une petite veilleuse à projection, je sors les paniers de textures. Mes épaules qui s'abaissent, ma respiration qui ralentit en même temps que la leur : c'est le signe que quelque chose fonctionne, pour eux comme pour moi.

Si vos journées de garde ressemblent à un tunnel de bruit et de sollicitations, l'approche snoezelen mérite d'y regarder de plus près. Pas besoin de matériel sophistiqué, juste un regard un peu plus doux sur les sens des petits, et peut-être un œil sur cette formation dédiée pour poser des bases sans reproduire mes boîtes de tri qui refusaient de tenir debout.

Le salon est calme, les jouets en plastique rangés, mais il reste un panier de plumes sur la table basse. Moins impressionnant qu'un bureau bien tenu. Tellement plus juste.

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